
Pourquoi est-il si difficile de changer? Les raisons sont multiples, les situations également et les solutions aussi. Cela fait beaucoup de bonnes et de mauvaises raisons de ne pas vouloir changer et de choisir de rester là où nous sommes, quitte parfois à continuer de souffrir.
Pourtant, nous savons souvent qu’une situation ne nous convient plus. Nous en avons conscience, nous savons parfois même ce qu’il faudrait faire, mais nous ne le faisons pas. Comprendre qu’il faudrait changer et parvenir réellement à changer sont deux choses bien différentes.
La souffrance comme punition
Le premier élément auquel je pense est culturel, ou plutôt cultuel. Pendant longtemps, la souffrance a été associée à la faute, à la punition, au sacrifice ou à la rédemption.
Vous pensez ne pas être concerné ? Détrompez-vous. Cela fait partie de croyances que nous pouvons encore vivre de manière automatique. Il existe d’ailleurs de nombreuses expressions : « Il faut souffrir pour être belle », « On n’a rien sans rien »… Comme si la souffrance était parfois nécessaire, méritée ou représentait le prix à payer.
C’est presque « dans nos gènes », au sens imagé du terme. Ces croyances sont tellement anciennes et profondément ancrées dans notre culture. Et une croyance installée depuis longtemps est difficile à dépasser.
Justifier sa souffrance
Le deuxième élément est la justification. La souffrance, quelle que soit son origine, peut parfois être justifiée par celui ou celle qui la vit : « Après tout, je l’ai bien cherché », « J’aurais dû le savoir », « C’est de ma faute ».
Et parfois, l’entourage en rajoute : « On te l’avait bien dit », « Ce n’est pas faute de t’avoir prévenu » ou encore « Un homme averti en vaut deux ».
Ces réactions peuvent renforcer la culpabilité et finir par nous faire accepter une situation que nous devrions peut-être remettre en question.
On sait ce que l’on quitte, mais pas où l’on va
Le troisième élément concerne le bénéfice et le risque. Là, c’est plus compliqué.
Nous savons pourquoi nous souffrons, nous imaginons parfois des stratégies pour sortir de cette situation, mais lorsque nous sommes directement concernés, il est difficile d’être totalement objectif.
On sait ce que l’on quitte sans savoir où l’on va.
La situation sera-t-elle meilleure après ? Est-ce que je ne vais pas regretter ? Et si je me trompais ?
L’inconnu peut alors devenir plus inquiétant que la situation que nous connaissons, même si celle-ci nous fait souffrir.
Les habitudes
Le quatrième élément concerne les habitudes.
Les habitudes nous rassurent et nous maintiennent dans ce que l’on appelle notre zone de confort. Mais une zone de confort ne signifie pas que tout y est confortable. Il s’agit surtout d’une zone que nous connaissons.
Quitter cette zone, c’est aller vers l’inconnu.
Malgré la souffrance générée par une situation, nous pouvons donc continuer à y trouver des éléments qui nous sécurisent. Nous savons à quoi nous attendre, nous avons nos repères. Nous pouvons alors trouver de nombreuses raisons de ne rien faire : « Je voudrais, mais je ne peux pas parce que… »
Certaines de ces raisons sont parfaitement réelles. D’autres nous permettent aussi de repousser le moment de changer.
La peur de faire souffrir les autres
Le cinquième élément apparaît lorsque notre décision implique d’autres personnes.
C’est souvent le cas lors d’une séparation. L’un des deux peut ne plus supporter la situation mais hésiter à partir parce qu’il pense à ses enfants et aux conséquences que cette séparation pourrait avoir sur eux.
Nous sommes ici dans une forme de sacrifice. L’idée de faire souffrir ceux que nous aimons peut devenir plus forte que notre propre désir de changement.
Nous préférons alors parfois continuer à souffrir plutôt que de prendre le risque de faire souffrir les autres.
La peur
Le sixième élément est celui de la peur.
Imaginons une femme harcelée ou sous l’emprise d’un conjoint violent. Elle peut parfaitement savoir que cette situation est mauvaise pour elle et pourtant ne pas parvenir à partir.
Dans cet exemple, sa peur n’est pas forcément irrationnelle. Le danger peut être réel. La peur a justement pour fonction de nous protéger du danger. Mais elle peut aussi nous immobiliser lorsque nous ne savons plus quelle décision prendre ou quelle situation représente le plus grand risque.
Comprendre qu’il faudrait changer ne signifie donc pas toujours que nous sommes capables de le faire.
Les mécanismes que nous reproduisons
Le septième élément est sans doute le plus délicat : nos propres mécanismes.
Nous pouvons constater que nous reproduisons régulièrement les mêmes situations sans comprendre pourquoi. Nous changeons de partenaire, de travail ou de circonstances et, quelque temps plus tard, nous nous retrouvons dans une situation qui ressemble étrangement à la précédente.
Une personne peut par exemple désirer une relation paisible et pourtant reproduire des comportements qui conduisent régulièrement au conflit.
C’est sans doute l’un des éléments les plus difficiles à déverrouiller, parce qu’il est difficile de changer quelque chose dont nous n’avons pas réellement conscience.
Comprendre ne suffit pas pour changer
Nous arrivons finalement au cœur du problème.
Prendre conscience d’une situation est indispensable, mais cette prise de conscience ne provoque pas automatiquement le changement. Nous pouvons comprendre ce qui nous arrive, savoir ce que nous devrions faire et pourtant continuer comme avant.
Parce que changer nécessite de faire un choix.
Ce choix ne consiste pas nécessairement à partir. Nous pouvons aussi décider de rester et de changer notre manière d’agir, de réagir ou de vivre la situation. Mais quel que soit notre choix, changer nous oblige à abandonner quelque chose : une habitude, une sécurité, une croyance, une manière de fonctionner, une relation ou parfois même l’image que nous avons de nous-mêmes.
Nous aimerions parfois que notre vie change sans avoir à abandonner ce qui nous rassure dans notre vie actuelle. Mais nous ne pouvons pas toujours avoir les deux.
Faire un choix, c’est aussi renoncer.
Et renoncer nécessite de lâcher prise sur quelque chose que nous connaissons pour accepter d’aller vers quelque chose que nous ne connaissons pas encore.
C’est probablement là toute la difficulté du changement : comprendre est une première étape, mais changer nous demande d’agir et d’accepter de laisser quelque chose derrière nous.
