
La dissolution et l’unité
La maison 12 En analogie avec le signe des Poissons, est la maison de la dissolution. Après avoir parcouru les onze premières maisons, nous arrivons à une étape particulière de notre évolution : celle où les limites qui nous séparent des autres commencent à disparaître.
Depuis la maison I, nous avons suivi la construction et l’évolution de notre conscience. Nous avons appris à exister en tant qu’individu, à nous construire, à communiquer, à créer notre monde intérieur, à nous exprimer, à rencontrer les autres, à nous transformer, à élargir notre compréhension du monde, à nous manifester et enfin, en maison XI, à nous libérer progressivement de tout ce qui nous attache.
Mais jusqu’à la maison XI, même lorsque nous cherchons à devenir plus libres, nous restons une conscience séparée. Il y a toujours « moi » et « les autres ».
La maison XII nous propose d’aller plus loin.
Une conscience unique mais non séparée
La maison XII ne nous demande pas de perdre notre individualité. Chacun d’entre nous reste un être absolument unique. Il n’existe personne qui soit exactement semblable à nous.
Mais être unique ne signifie pas être séparé.
Chaque être humain est en même temps un élément de l’humanité. Une humanité qui, malgré les différences entre les individus, est une et indivisible.
Nous sommes tous issus de la même origine et engagés dans un même processus : celui de l’évolution de la conscience. Chacun emprunte son propre chemin, vit ses propres expériences et développe une conscience particulière, mais nous appartenons tous à un ensemble beaucoup plus vaste.
Nous pouvons prendre l’image des océans. Nous leur avons donné des noms différents : Atlantique, Pacifique, Indien… Nous les avons délimités pour pouvoir les identifier et nous repérer. Pourtant, dans la réalité, ces frontières n’existent pas. Tous les océans communiquent entre eux et sont constitués d’un seul et même élément : l’eau.
Cette eau entoure et relie tous les continents. Elle contient également des milliards de formes de vie différentes. Chacune possède ses propres caractéristiques, sa propre existence, tout en appartenant au même ensemble.
Il pourrait en être de même pour l’humanité. Nous sommes des milliards d’individus différents et chacun de nous est absolument unique. Nous avons besoin de nous différencier pour exister et nous reconnaître, mais ces différences ne signifient pas que nous soyons réellement séparés. Nous appartenons à un tout, et formons l’unité.
Nous sommes différents sans être séparés.
C’est peut-être ce que nous propose de comprendre la maison XII : derrière la multitude des êtres existe une même humanité, comme derrière les différents océans existe une seule et même eau.
De l’individu à l’humanité
La maison XII représente donc la disparition progressive du sentiment d’être une conscience isolée.
Cela ne signifie pas renoncer à ce que nous sommes. Notre individualité reste nécessaire. Nous ne pouvons participer pleinement à un ensemble qu’en étant nous-mêmes.
Mais quelque chose change dans notre manière de nous percevoir. Nous comprenons progressivement que notre existence ne se limite peut-être pas à notre seule personne.
Nous sommes chacun une expression particulière d’une conscience beaucoup plus vaste.
C’est dans ce sens que la maison XII peut être considérée comme la maison de la communion : non pas disparaître dans les autres, mais prendre conscience que derrière nos différences existe quelque chose qui nous relie tous.
La problématique de la maison XII : la confusion
Cette disparition des limites comporte cependant un risque important : la confusion.
Nous pouvons facilement croire que nous faisons l’expérience de cette unité lorsque nous nous fondons dans un groupe.
Cela peut se produire dans une association, une communauté, un mouvement religieux ou spirituel, mais également dans des situations beaucoup plus ordinaires. Lors d’un concert ou d’un match de football, par exemple, des milliers de personnes peuvent ressentir pendant quelques instants la même émotion. L’individu peut alors avoir l’impression de ne plus être seul et de faire partie d’un ensemble qui le dépasse.
Ce sentiment peut être très puissant, mais il ne représente pas nécessairement l’unité dont parle la maison XII.
Car tant qu’il existe « notre groupe » et « les autres », la séparation demeure. Nous avons simplement remplacé le « moi » par un « nous ».
Nous pouvons nous sentir profondément liés à ceux qui pensent comme nous, partagent nos croyances, nos valeurs ou nos émotions, tout en nous opposant à ceux qui ne les partagent pas.
C’est là que se trouve l’une des grandes illusions de cette maison : confondre l’appartenance avec l’unité.
La véritable unité ne peut pas exclure.
Si l’humanité est une et indivisible, celui qui pense différemment de moi en fait autant partie que celui qui me ressemble.
La dissolution
La dissolution de la maison XII n’est donc pas la disparition de l’individu. C’est la disparition progressive des frontières que notre conscience avait construites pour se définir et se différencier.
Nous retrouvons ici toute la symbolique de l’eau des Poissons. L’eau rassemble ce qui paraît séparé. Elle circule, relie, pénètre et ne connaît pas les frontières que nous traçons.
C’est aussi ce qui rend cette maison difficile à comprendre et à vivre. Tout au long des onze premières maisons, nous avons construit notre conscience individuelle. Nous avons appris à dire « je », à nous différencier, à nous construire et à devenir progressivement nous-mêmes.
La maison XII ne nous demande pas de détruire cette construction. Elle nous invite à comprendre qu’elle n’est qu’une partie d’un ensemble beaucoup plus vaste.
Chaque être humain reste unique par son histoire, ses expériences, sa conscience et sa manière particulière de percevoir le monde. Mais derrière cette multitude d’individus existe une humanité commune dont nous sommes tous une expression particulière.
La maison XII nous conduit ainsi à une idée qui peut sembler contradictoire et qui pourtant résume toute sa problématique :
Je suis un être unique, mais je ne suis pas un être séparé.
La dissolution consiste peut-être finalement à comprendre cela : nous n’avons pas à cesser d’être nous-mêmes pour appartenir au tout. Nous en avons toujours fait partie.
